Site officiel de la communauté khassonke pour la promotion de la culture et de la langue Khassonke (c) 2005 à 2014 CHARLES MONTEIL – ORIGINE ET HISTOIRE DU KHASSO  Selon Charles Monteil (1871–1949) - Commandant et enquêteur historique, ethnographique et linguistique au soudan français dans son  ouvrage "Les Khassonké: monographie d'une peuplade du Soudan français Paris E. Leroux, 1915".  Pour nous permettre l’intelligence de ce qui va suivre, il nous paraît bon de donner, comme suit, un résumé de ce qu’il faut entendre par Khasso.  Si, en effet, le Khasso est actuellement une région administrative et territoriale bien définie, il n’en a pas toujours été ainsi.  Les traditions établissent qu’a l’origine le Khasso fut une région de peu d’étendue, sur la rive droite du Sénégal, aux environs de Bafoulabé ; Les  peuls, qui nomadisaient là, furent, à cause de cette dénomination, appelés les « gens du Khasso » ; lorsque ces Peuls eurent formé avec certaines  familles indigènes une sorte de clan indépendant des chefs locaux, le nom de Khasso s’appliqua également à ce clan ; ce clan – tout au moins la  famille de ses chefs – ne cessa de se déplacer : d’abord dans la direction du Nord-Ouest, vers Kounyakari, à la recherche de nouveaux pâturages ;  Ensuite, par le fait des guerres, qui rejetèrent sur la rive gauche du Sénégal vers Médine : Le nom de Khasso, suivant la fortune du clan, s’appliqua  ainsi tour à tour à des territoires divers.    Territorialement parlant, le Khasso c’est donc, si l’on veut, la contrée sur laquelle le clan du même nom a exercé son influence ; cette contrée  comprend, à la fois, des cantons situés sur la rive droite du Sénégal et des cantons situés sur la rive gauche du même fleuve.  Parmi les premiers, les Khassonké citent : le Tomora, chef-lieu  Tambatinti ( ancien village situé entre Tomora Touba et Tomora Khoumakary ), et  dont les chefs sont pris dans une famille de Soussokho (Sissoko);  le Sanakéné actuel Kontéla, chef-lieu Sabousiré, avec pour chef Khanoute  (Kanouté); le Fansané, chef-lieu Lakhamané (actuellement Sorya), commandé par un Dyallo (Diallo); le Karaga, chef-lieu Dyonkhola, le  Gankontiri,  Kolinguemou et une agglomération de Limbila, chacun commande par un Dyakité (Diakité), le Diombokho, chef-lieu Kounyakari, le Séro, chef-lieu  Séro le Dyadyéya, chef-lieu Kanamakhounou, le Gopéla, chef-lieu Khoulou sont chacun sous l’autorité d’un Dyallo.  Sur la rive gauche du fleuve se trouvent la Dembaya, chef-lieu Médine, sous le commandement d’un Dyallo ; le Logo, chef-lieu Sabousiré  (acuellement Kakhoulou), avec pour chef un Soussokho (Sissoko); Dinguiray , Makadenyé et Bafoulabé comptent d’importantes fractions de  Khassonké  commandées par des Dyallo quant au Niatiaga chef-lieu Mansonna  c’est un fief des Dyakité.  Ces divers territoires n’ont pas été et ne sont pas actuellement occupés exclusivement par des Khassonké : depuis les temps les plus recules, ils sont la  propriété d’autochtone, parmi lesquels les GADYO, qui habitent et habitent encore les deux rives du Sénégal. Les malinké avaient repoussé ces  autochtones vers le Nord-Est et les avaient également chassés du Logo, avant que le clan du Khasso fut formé. Ce clan, composé originairement de  Peuls, de Malinké et de leurs métis, emprunta, par la suite, beaucoup aux Soninké quand il s’avança vers le Nord-Est; dans la région septentrionale de  Kunyakari,  il contracta des alliances matrimoniales avec les Maures; à Médine il subit longtemps l’influence des traitant Wolofs; enfin, à diverses  époques  et sous diverses formes, supporta le joug prolongés des païns Bambara et , plus encore , celui de Foutanké musulmans ; en tous temps,  des  attaches politiques et matrimoniales le lièrent au Bondou musulman. Les gens du Khasso se dénomment eux-mêmes Khassogolou. Les Soninké les  appellent Khassokho ; les Malinké, khassongallou ou Hassongalou . D’accord avec la plupart des auteurs européens nous dirons : les Khassonké.    Origine de Diallo du khasso (1) (1) Nous avons recueilli les traditions historiques auprès des personnes qualifiées pour les connaître le mieux, notamment : Sadyo Sambala fils de  Dyouka Sambala, ex-chef de Médine et chef actuel du Khasso ; Bakari, fils de Makhassé Sambala, interprète du gouvernement ; Aboula Mamadou,  Gran  et Sambala, ce dernier interprète  du gouvernement, tous trois appartenant à la famille de Dyogou-Sambala ; le Dyalo (griot) M-Boué Kouaté,  familier de Demba Yamadou, chef du Khasso.  Au cours d’un séjour de deux ans à Médine, nous avons contrôlé auprès de nombreuses indigènes les renseignements recueillis que nous avons, en  outre, rapprochés de ceux donnés par divers auteurs. En particulier, l’ouvrage du commandant Rémy : la Sénégambie, contient sur le Khasso une  notice, à peu près exclusivement historique, qui nous a été très utile, en raison des détails abondant et précis qu’elle donne et que les nôtres  corroborent le plus souvent, alors, cependant, que cet ouvrage ne nous a été connu que plusieurs années après notre départ de Médine.  D’après leurs traditions les peuls Diallo du Khasso on pour ancêtre un certain DIADIE DIALLO. Il était, disent ces traditions, dans le Bakhounou, à Dyabel Gandéga, un peuhl nommé Diadié Diallo qui n’avait pas d’enfant. Le devin, qu’il consulta,  lui prédit que sa femme concevrait le jour où, au seuil de sa demeure, il immolerait un certain taureau  qu’il lui désigna. Aussi, Dyadyé veillait avec  soin sur ce taureau; ses parents, au contraire, n’attendaient qu’une occasion pour le faire disparaître, afin d’empêcher  l’accomplissement de la  prédiction. Lors des fêtes de la circoncision, les jeunes neveux de Dyadyé pénétrèrent dans le parc au bétail pour faire choix des animaux à abattre. Dyadyé leur  fit recommandation  expresse de ne point toucher à son taureau ; mais, soit pour jouer un mauvais tour à leur oncle, soit pour mettre à exécution les  projets de leur père, les jeunes gens égorgèrent le taureau, à l’insu de Dyadyé. Informé, celui-ci dissimula sa colère puis, la nuit venue, il mit le feu à  la case des circoncis : tous périrent, tandis que, fuyant la vengeance de ses proches, Dyadyé quittait furtivement le pays poussant devant lui deux  taureaux.  Il erra longtemps. Un jour qu’il s’était endormi au creux d’un Baobab(1) pendant que ses taureaux paissaient, des chasseurs malinké(2) l’aperçurent.  Stupéfaits, à la vue de cet homme si différent d’eux-mêmes, ils revinrent en hâte auprès de leur chef, nommé KANTI FARI MODI BORAMA  SOUSSOKHO(3), résidait à Sabousiré(4) (Tomora); ce chef envoya une trentaine d’hommes qui, guidés par les chasseurs, s’emparèrent de l’étranger  et le lui amenèrent.  (1)  D’où le nom de Bambérangola, dérivé, nous a-t-on affirmé, du mot  Bamba= baobab  et qui doit se traduire « les gens de celui du baobab ».  J’estime  qu’il faut placer à la fin du seizième siècle l’existence de ce Dyadyé, en tenant compte de ce que Séga Doua  vivait au temps de Brue. C’est  approximativement l’époque  indiquée par le commandant Rémy : « la tradition rapporte  que vers 1600… »  D’après M.Delafosse (t.1, p.289 ) le peuple Khassonké aurait pris naissance « vers la fin du onzième siècle par suite  du mélange  de certaines   fractions peules avec des autochtones du Haut Sénégal. Ces autochtones étaient vraisemblablement  des Kagoro sur la rive Nord du fleuve, des  Malinkés sur la rive sud; les Soninké du Guidimakha et du Galam durent aussi fournir un élément appréciable ainsi que plus tard les Maures du Sahel  ». (2) Les Malinkés n’étaient point les autochtones de la région, il n’étaient venus là un siècle ou deux auparavant. « Conduits par  un certains Moussa  Makhan Sousoko, ils avaient envahi le Logo et, aidés par les Kouroumeya, en avait expulsé  les Gourgoulou, indigènes de petite taille analogue aux  pêcheurs du Niger. » (Rémy)  Il convient de signaler qu’il y a des pêcheurs du Niger nommés Kouroumey, vers Say, et que chez les Soninké il existe des Kourgoumési.  (3) Le plus souvent, l’on entend dire simplement Kanti Fari ; d’autres fois Farimaké  Amadi-Boraba, ce qui signifie : le chef Amadi-le-Barbu.  (4) Les villages de ce nom sont nombreux. Sabousiré serait, m’a-t-on dit, le nom donné à la résidence que l’on adopte définitivement après avoir  plusieurs fois tentées de s’établir ailleurs sans succès.  Kanti Fari fut, lui aussi, très étonné, car c’était la première fois qu’il voyait un Peul. Il demanda à Dyadyé ce qu’il savait faire et, comme Dyadyé lui  répondait qu’il se livrait exclusivement à l’élevage du bétail, Kanti Fari lui confia le soin de ses troupeaux. A titre de rémunération, Dyadé reçus  chaque année alternativement une génisse ou un veau. Il reprit sa vie pastorale dans une quasi-indépendance ; jouissant même, de la part des  indigènes, de la considération due à sa situation de berger du chef. Mais il subissait d’autre part les inconvénients attachés à sa qualité d’étranger : il  parcourait librement le pays, en quête des meilleurs pâturages, sans que nul voulût s’associer à sa vie ; il demanda une compagne à Kanti Fari, mais  celui-ci ne voulut point donner une de ses sujettes à cet étranger. Enfin, à la suite d’une razzia vers le Niocolo, les gens de Kanti Fari ramenèrent une  femme musulmane originaire de Dyakha-sur-Bafing et qui pour cela fut surnommée Dyakhanké (1): comme Kanti Fari et ses gens étaient païens, ils  ne se firent point scrupule de donner à Dyadyé cette femme convertie à la religion qu’ils détestaient, elle se nommait Sira Khoullé  Tima  De cette union naquirent(2) les descendants de Dyadyé se trouvent actuellement  aux environs de Nioro et surtout vers Lakhamané.  Suivant une autre version, Kanti Fari ayant refusé de donner une femme à Dyadyé, celui-ci aurait racheté, moyennant une tête de bétail, une captive  du village de Makhanyan.  Selon Rémy, Dyadyé épousa une captive peule qui se trouvait chez le chef malinké dont il était le berger.  D’après M.Delafosse, les traditions qui ont cours à Kayes disent que les ancêtres Khassonkés « aurait été un berger peul nommée Amadou Haoua et  une femme bamana appartenant à à une famille dont Amadou Haoua gardait les troupeaux ».  (2) Selon la tradition recueillie par Soleillet, de ce mariages seraient nés sept enfants : trois garçons et quatre filles.  Quant à lui, Dyadyé, il se rattaché à certain Oubiliassi par Amadou, Ilo, Dyadyé, Sadiga, Sannyéré, Bodeoul, Dété et Wodyé.  Cet Oubobiliassi(1) était un caïd du temps de Mahomet : comme tous les caïds, il devait chaque année fournir au Prophète un certain tantième de ces  troupeaux ; une année, il dissimula une partie de ses richesses ; Mahomet s’en étant aperçu le chassa en lui disant : « Va, ta race sera maudite, tes  descendants seront des vagabonds. » En dernier lieu, Oubobiliassi campa à l’Est de Tombouctou ; là, il apprit la mort du Prophète et, cédant à la  nostalgie, il abandonna, sans esprit de retour, la famille qu’il s’était créée en épousant des femmes indigènes. Comme son nom était inconnu, on  appela ses quatre fils chacun par le nom de sa mère ; ce furent les ancêtres des Dyallo, Dyakhité , Sidibé, Sangaré(2).  Quant à Ilo(3), auquel Dyadyé se rattache comme nous venons de le dire, certains de ses descendants ont formé la tribu peule des Irlabé et certaines  autres la tribu maure des Ladoum.  (1) Altération dialectale du nom Okba ben Yassiri donné par les lettrés indigènes à l’ancêtre des Peuls.  (2) Les traditions indigènes relatives à l’origine des Peuls varient dans les détails, mais toutes ont ce fond commun que les Peuls sont des métis issus  les femmes indigènes unies aux guerriers qui, dans les premiers temps d’islamisme vinrent jusqu’au frontières du Soudan pour répandre la religion  musulmane par la force. Certains passages d’El Bekri donnent quelque crédit à cette opinion. Nous avons publié sur ce sujet une note, parue dans la  Revue africaine de 1911, avec à l’appui le texte arabe de la tradition et sa traduction. Dans la Revue du Monde Musulman, M.Delafosse a examiné  divers texte analogue sur le même sujet et pense que s’agit là de la traditions préislamiques, qui font remonter l’origine de cette population africaine à  des migrations sémitiques parties de la Mésopotamie, de la Syrie et de la Palestine.  Cet Ilo paraît être celui-là même qui a laissé dans tout l’Ouest africain la renommée d’un monarque très puissant.   La tradition des Khassonké a la même origine les almami du Fouta Djallon par un certain Amadi Tabara, frère d’Ilo. La tradition des Peuls du Fouta  Djallo ne corrobore absolument cette version tout en faisant remonter jusqu’à Ilo le mouvement initial d’immigration peule dans cette région.  Dépêche colonial illustré du  31 août 1907.  Enfin, il est acquis que les relations d’Ilo et de ses gens avec les Maures Oulad M.barek leurs voisins ont déterminé la formation de tribus de métis  connus sous le nom de Ladoum. (Cf. SARRAZIN, les Races humaines au Soudan français).  CHAPITRE II  Les Dyallo chefs du Khasso Vingt années durant, Dyadyé(1) demeura seul de sa race le Tomora ; au bout de ce temps, un de ces parents nommée Maré-m-Fa Samba Dyallo vint le  rejoindre. Après avoir tenté vainement de ramener Dyadyé dans le Bakhounou, Maré-m-Fa(2) décida de rester, lui aussi, dans le Tomora. Dyadyé le  traita avec beaucoup d’affection, mais les Malinké, le considérant comme étranger, refusèrent de lui donné une femme. Alors Dyadyé lui dit un jour :  « Comme les Noirs ne consentiront jamais à te donner une de leurs femmes, choisis celle de mes filles qui te plaira, je te la donne .» Maré-m-Fa  refusa.  (1)  Sa résidence ordinaire était à Gakou.  L’on rapporte que, comme les Peuls du Bakhounou, Dyadyé portait d’habitude les cheveux arrangés en tresses, mais lorsqu’il fut appréhendé par les  gens de Kanti Fari sa coiffure s’était défaite et on le nomma, pour cette raison, Koun’-dabali, c’est à dire « tête non coiffés ».  (2)  Ce genre d’abréviation est fréquent et ne laisse pas que d’obscurcir beaucoup les récits indigènes. Cet ainsi que l’on dit couramment Ahmadou  Cheikou, sans spécifier de quel Cheikh, Ahmadou  est le fils, en sorte que l’expression peut, par exemple, désigner tout aussi bien Ahmadou fils  d’Omar, qu’Ahmadou fils dAhmadou, seul le sens du discours dissipe le doute.  A quelque temps de là,  Dyadyé envoya Maré-m-Fa à la recherche de nouveaux pâturages en lui adjoignant ses deux filles ; au retour, Altiné était  enceinte des œuvres de Maré-m-Fa. Le fils qui naquit fut appelé Makhandyan et, plus tard, surnommé bata le grand.  Mankhandya-m-bata (1)  Fut le premier de sa race qui put épouser une femme malinké ; il en eu trois fils : Dia-oulé, ancêtre des Dialangolou (2) Kholon, ancêtre des  Kholounyangolou ; Sandikikhoy, ancêtre des Yankolou.  Sandiki –khoy Eut également trois fils d’une même femme nommée Awa, ce furent Amadou Awa, Séga Awa, Birama Awa. Vers cette époque, des Peuls, venus du  Bakhounou et du Fouta Djallon, commençaient à grossir le nombre de ceux qui vivaient déjà dans le Tomora, attirés sans doute par les pâturages  nécessaires à la subsistance de leurs troupeaux, non moins que par la présence des gens de leur race. Ils formaient une manière de clan sous la  direction des descendants de Maré-m-Fa, qui leur servaient d’intermédiaires auprès des autorités locales.  La tradition cite parmi eux : les Dyatoli, dont les descendants sont actuellement vers Bafoulabé, Séroumé et Séro ; Samba Bényé dont les descendants  sont à Sawarané ( cercle de Bafoulabé ) et à Séro ; les frères Ali et Salia Kamané :  (1)  Désormais, le récit ne parle plus de Dyadyé Koun-dabali : entre ses descendants et ceux de Maré-m-Fa une séparation a dû se produire et le temps  n’a fait que l’accentuer. En tout cas, le rôle effacé des premiers Bambérangolou justifie le silence que l’on observe à leur égard.  (2)  Quant à Awa Demba et ses gens furent contraintes  de fuir (voir plus loin ), les Dialangolou vinrent s’établir à Dyakhalé, auquel les Khassonkés  donnèrent dès lors le nom de Diala.  Partis du    Bakhounou avec 999(1) cavalliers, ils s’installèrent d’abord à Dyataya, entre Médina-Kouta et Dyabanyangué, puis vinrent se joindre aux  clients de la famille de Maré-m-Fa . D’autre part, un fort nombreux contingent était venu du Fouta Djallon sous la conduite d’un certain Amadou  Dyallo. Tous ces réfugiés formèrent peu à peu une partie, avec lequel les chefs locaux durent compter. Il y eut de temps à autre des velléités de révolte qui,  mal réprimées accentuèrent encore, pour les réfugiés, la nécessité de recourir aux seuls susceptibles de servir d’intermédiaires : les Dyallo,  descendants de Maré-m-Fa(2)  Amadou Awa  A une époque, les descendants de Maré-m-Fa, cantonnés vers Fatola, avaient à leur tête Amadou Awa(3) qui résidait à Bambéla(1) sur la route de  Kounyakari à Bafoulabé (situé actuellement entre Bafoulabé et Kholinguémou). Leur situation était difficile, car ils étaientt en révolte ouverte contre  les Malinkés et avaient déjà essuyé plusieurs revers ; alors passa dans le pays un marabout de race peule accompagné de ses élèves : c’était Malik  Si(2), originaire de Souyna, village du Fouta sénégalais. Consulté sur l’avenir, par les clients D’amadou Awa, Malik Si, après mûres réflexions et  pratiques divinatoires, déclara que, moyennant l’usage convenable d’un talisman qu’il préparerait lui-même, la victoire appartiendrait aux gens  d’Amadou Awa(3). Ce talisman, consistant en un écrit mystérieux, caché aux yeux de tous par une enveloppe de toile, devait être attachés à  l’extrémité de la première flèche qu’Amadou Awa lui-même lancerait. Amadou Awa serait tué dans le combat, mais son sacrifice assurerait le  triomphe des siens. (1)  Il est probable que ce nombre composé de trois 9 est donné, comme il arrive souvent dans les  traditions indigènes pour la force magique parce  qu’il recèle et non pas comme expressions de la réalité, il se trouvait d’ailleurs démentis, en quelque manière, par la suite du récit puisque le parti  Khassonké  ne comptait à la bataille décisive de Toumbi-Fara que 300 guerriers.  (2)  Il est de principe chez les indigènes que l’étranger soit hébergé par l’hôte que lui désignent les autorités locales ; s’il prend de lui-même  l’hospitalité, hôte qu’il se choisit doit se faire agréer à ce titre par les autorités locales : Dans les deux cas, l’hôte est, à tous égard, le représentant  et,  en quelques sortes, le répondant de l’étranger. Ainsi en était-il de ces Peuls nouveaux venus, ils n’étaient  indépendants qu’en apparence ; en fait et en  droits, ils étaient à la merci des Malinkés maîtres du pays et, nécessairement, ils ne pouvaient faire valoir leurs réclamations que par les gens de Maré-  m-Fa. D’où la situation de jour en jour plus importante de ceux-ci, dont le rôle grandit au fur et à mesure que grandit le nombre de leurs congénères.  La situation influente et privilégiée attira au Maré-m-Fa toute une clientèle : des pauvres, des fugitifs, des gens de caste se recommandèrent à eux et  devinrent ainsi, suivant l’expression indigène, leurs « dyon » ; d’autres, qui apportaient un concours important, purent prétendre à une situation plus  relevée ; d’aucuns s’unirent à eux par le serment du sang avec toutes ses conséquences ; d’autres, enfin, furent de véritable esclaves, obtenus par force  ou par achat. (3)  D’après la tradition rapportée par M.Equilbecq, ce serait il y a quatre cents ans. Se tenant à l’écart de tous ces conciliabules, Amadou Awa semblait les ignorer. Cependant, dans les réunions des notables et des chefs que la situation  exigeait, les intéressés s’efforçaient de faire adopter les vues de Malik Si, sans toutefois oser déclarer à Amadou Awa quel sacrifice était  indispensable. Enfin les intéressés au mouvement insurrectionnel eurent recours aux mabo(4).  Ceux-ci, mis au courant et stimulés par des cadeaux, vinrent se poster devant la demeure  d’Amadou Awa et, dans le langage qui sied aux grandes  circonstances, ils chantèrent ses vertus, ses hauts faits, la gloire de sa famille,  (1) D’où la dénomination Bambélangolou appliquée à ses descendants ; l’on entend aussi Bambera d’où  Bambélangolou. D’après le document publié  par M.Equilbecq il faudrait lire Bambéro et ce nom proviendrait de celui d’une montagne voisine.  (2)  Il a été publié sur le royaumede de Bondou, dont Malik Si fut le fondateur, un très intéressant travail par feu M. le docteur Rançon. L’on assiste là  par le menu à l’œuvre d’un de ces marabouts qui ont joué un  rôle considérable dans la société indigène.  (3)  D’après la version rapportée par Soleillet, aussi bien que d’après celle donnée par M.Equilbecq, Malik Si ne désigna pas expressément à ses  demandeurs le nom de celui qui devait jeter la flèche.  (4)  Voir sur les Mabo la partie ethnographique. La noblesse de son origine. Flatté dans son orgueil, il leur donna un captif : ils le refusèrent en exagérant encore la louange, Amadou Awa leur offrit  un cheval, ils le refusèrent également. Alors il exigea des explications : « C’est que, dit le plus autorisés d’entre eux, nous ne sommes pas venus te  demander l’aumône ; tes largesses habituelles suffisent à nous rendre la vie heureuses. Permets-nous seulement de te dévoiler le secret qui doit te  permettre de continuer brillamment la lignée à laquelle tu appartiens et te donner le moyen de vaincre les Malinké.» Il y consentit.  Quant il eut été mis au fait du stratagème imaginé par Malik Si, il sembla réfléchir, puis accepta de se rendre à l’assemblée des chefs et notables. Là,  il déclara accepter la périlleuse mission  qui devait assurer le triomphe, mais aux conditions qu’il formula ainsi :  1. Le chef de guerre « keletigo » ne pourrait, dorénavant, être choisi que parmi ses descendants, ainsi d’ailleurs que le chef suprême « fankamala ».   2. Tout voleur d’un animal des parcs de sa famille serait puni de mort ; les membres de sa famille auraient au contraire le droit de disposer à leur gré  des animaux domestiques d’autrui.  3. Ses descendants ne sauraient être punis pour adultère commis avec quelque femme que ce soit, tandis que quiconque aurait des relations coupables  avec la femme de ses descendants serait à l’entière discrétion de ceux-ci.  4. Seuls ses descendants auraient droit au « sagallo » et au « tonton’o ».  5. Ses descendants ne pourraient être inquiétés pour dettes(1) (1)  Les conditions d’Amadou Awa recueillies par Soleillet  différent peu de celles qui viennent d’être données, ainsi que l’on peut s’en rendre compte  : 1° Que ses descendant seraient à tout jamais les nobles des Foulbé du Khasso;  2° Que toute armée réunie dans le Khasso  aurait pour chef l’un de ces descendants;  3° Que ses descendants auraient droit de vie et de mort sur tous les habitants du Khasso, mais que nul ne pourrait lever la main contre eux ni les  traduire en justice;  4° Qu’aucun Khassonké ne pourrait exercer de saisie sur eux, quoi qu’ils doivent ;  5° Qu’ils auraient le droit de fréquenter librement sans encourir aucune peine, sans que personne puisse s’y opposer, les femmes des autres  Khassonké, et que quiconque regarderait les leurs serait puni de mort.  D’après la version de M.Equilbecq, Amadou Awa résuma ses desiderata ainsi : « J’ai trois enfants, deux garçons et une fille : le premier est Séga  Dohi, le deuxième Mamadou Dohi, et la troisième Sané Dohi, je vous les confis eux et leurs enfants. Je demande que leurs descendants commandent  aux Peuls du Khasso. Je désire qu’ils puissent épouser les femmes de votre race ; bien entendu, je ne parle que de celles qui sont libres et à qui ils  pourraient se marier sans enfreindre les prescriptions  d’Allah. »Cette dernière restriction montre clairement que l’informateur était ou voulait paraître  musulman.  Cette manière de constitution, qui assurait pour toujours la suprématie à la famille d’Amadou Awa, fut acceptée par tous, à l’exception du chef des  Gopé-si résidant à Khoulou, lequel déclara que, venu seulement pour faire la guerre, il n’entendait pas se donner un maître. L’on passa outre à cette  observation mais, ultérieurement, les Gopé-si s’en autorisèrent pour demeurer indépendants des Dyallo.  Les révoltés étaient désormais prêts pour l’attaque .Une veillée d’armes eut lieu avant l’engagement avec les Malinkés ; on y remarqua deux jeunes  gens qui sont demeurés connus sous les noms de Sorona Samba et de Sorona Dyéri : ils firent serment d’accomplir un acte mémorable, sans d’ailleurs  le définir autrement. Ils partirent. Pendant la nuit, ils réussirent à pénétrer jusqu’au chef malinké Kankou Damakhan, chef du parti adverse qui résidait  à Walia sur Bafing et le mirent à mort. Mais ils ne réussirent pas à s’échapper ; on se saisit d’eux et, attachés sur une claire en branchages, ils furent  brûlés au petit feu. Le combat eut lieu le lendemain aux environs de Toumbifara près de Bafoulabé. Les Malinkés étaient commandés par Kamara Sousokho.  Conformément à la convention, Amadou Awa se plaça en avant de ses partisans et, suivant la prescription du Malik Si, jeta la flèche qui portait le  talisman de victoire.  En tout, les insurgés étaient trois cent : cent d’entre eux trouvèrent la mort dans cette affaire dans laquelle périt également Amadou Awa ; cent autres  furent blessés. De leur côté, les Malinké subirent un échec définitif.  Séga Doua(1) (1)  Séga Doua, suivant les renseignements de Soleillet, ne fut pas le successeur immédiat d’Amadou Awa ; celui-ci aurait laissé trois enfants issus de  la même femme, Doua : deux garçon, Mamadou et Séga et une fille ,Sané. Mamadou, l’aîné, aurait été investi du commandement suprême mais,  détesté de tous, il mourut peu après empoisonné, dit t-on Sega Doua, qui lui succéda,  fut même soupçonné d’avoir contribué à ce meurtre. D’après la  version de M.Equilbecq : « les Peuls élevèrent avec considération les enfants de Yamadou Havé (Yamadou Hawa). S’ils empoisonnèrent Mamadou  Dohi (Mamadou Doua), à cause de son intolérable arrogance, ils firent de Séga Dohi (Séga Doua) leur roi, dès sa majorité et maintinrent le pouvoir  suprême à ses descendants. » Séga Doua eut, entre autres femmes, une nommé Kinti dont il eut deux fils Guimba et Amadou, et une fille, Alima laquelle devint l’épouse d’un chef   de Kényou auquel elle donna deux fils, Timba et Moussa. Antérieurement, Kinti avait était mariée à un certain Dyawé  dont elle avait eu un fils,  Saféré, et une fille, Kouléya : cette dernière épousa un homme de Khoulou alliée aux Gope-si de Khoulou. – Un fils de Kouléya, nommé Timo, est  demeuré connu comme étant le dévastateur de la région, restée longtemps déserte, de Sisséla entre Farabanna et Médine. Il existait, dit-on, un grand  chef malinké, Sambou Dembélé, qui résidait à Farabanna, c’était à l’époque où les Anglais étaient à Toubabounkané. Sambou était puissant par le   nombre de ses esclaves que commandait Dyonnama Koli. Toute la région de Sisséla était alors couverte des villages des captifs de Sambou. Or  Sambou avait pour ennemi Timo Koli de Khoulou qui en un jour ravagea Sisséla de telle sorte qu’aucun villages ne subsista.  Les vainqueurs mandèrent le fils d’Amadou Awa nommé Séga Doua. C’était un enfant de douze à treize ans : ils le mirent au courant de la convention  qui avait coûté la mort à son père et se déclarèrent prêts à tenir leurs engagements. Ils lui prêtèrent serment d’obéissance, en présence de Malik Si qui  présidait cette manière d’investiture.  Séga Doua fut un roi très influent. Il résidait à Bambéla et eut sous son autorité immédiate : le Tomora le Kontéla, le Fansané, le Dyayi, le Sanga,  Malambou, Kounadila (Fatola actuel), Khoulou (1).  (1)  Nous trouvons dans l’Histoire des voyages de l’abbé Prévost (édition  de 1746) certains renseignements sur Séga Doua et le Khasso qu’il nous  parait intéressant de reproduire ici, p.530 du t. II : « Au nord et au nord-est du pays de Galan se trouve le pays de Kasson qui commence à moitié  chemin entre roches de Félou et de Govina. Le souverain s’appelle Séga Dora. Il fait sa résidence ordinaire à Goumel, dans une grande île ou plutôt  une péninsule formée par deux rivières au nord du Sénégal. La plus méridionale de ces deux rivières qui forment l’île de Kasson se nomme la rivière  noire, de la couleur sombre de ses eaux et ne prend pas sa source à moins d’une demi-lieue de celle du Sénégal, mais à moins d’une lieue de son  origine elle devient si forte qu’elle cesse d’être guéable ; l’autre qui est au nord porte le nom de rivière blanche, parce que la terre blanchâtre et  glaiseuse où elle passe lui fait prendre cette couleur, fort différente du Sénégal d’où elle sort à  demi lieue au plus de la source du Sénégal. La  péninsule du Kasson longue de 60 lieues n’en a guère que 6 de large. Le terrain en est fertile et bien cultivé. Elle est peuplée et son commerce si  étendu qu’elle doit être fort riche. Son roi passe pour un prince puissant qui n’est pas moins respecté de ses voisins que de ses sujets. Galam et la  plupart des royaumes voisins sont des tributaires. On connaît peu ses limites au nord, mais il est certains qu’au sud il s’étend jusqu’aux pays de  Godova (Gadougou) et de Jaga (Dyakha-sur-Bafing) et que les Mandigos de Bambouk et de Tombuto sont ses tributaires s’ils ne sont ses sujets. On  prétend que les habitants de Kasson étaient Foulis dans leur origine et que leur roi possédait anciennement le royaume de Galam et la plupart des pays  qui forment aujourd’hui les états du Siratik. Peut-être faut t-il rapporter à cette cause le tribut que ces peuples lui paient encore. On assure qu’il a des  mines d’or, d’argent et de cuivre en fort grand nombre et si riche que le métal paraît presque sur la surface, de sorte que si délayant un peu de terre  dans un vase on le vide avec un peu de précaution, ce qui reste au fond est le métal pur. C’est ce que l’on appelle l’or de lavage.  « Comme les Français n’ont pas pénétré plus loin à l’Est que les cataractes de Govina, toute les informations que l’on a sur le royaume de Kasson  viennent des marchands nègres du pays… Ils conviennent tous qu’il s’étend plusieurs journées au-delà du rocher de Govina et qu’il est borné à l’est  par un autre royaume qui touche à celui de Tombuto, pays que l’on cherche depuis si longtemps.  Malgré  les erreurs géographiques, que la simple inspection d’une carte de nos jours permet de rectifier, malgré les exagérations, qui ont à coup sûr  leur point de départ dans l’intention des informateurs de satisfaire le désir d’Européens en quête de l’Eldorado soudanais, il n’est pas moins  intéressant de constater, qu’à la fin du dix-septième siècle, le roi du Khasso occupait une certaine situation. A vrai dire, ce n’était qu’une manière de  pillard barrant certaines routes, allant du nord au sud ou l’est à l’ouest. En ce temps-là Goundyourou était le point de passage et le centre commercial  d’où les caravanes gagnaient les escales du Haut Sénégal ou la Haute Gambie ;  par là transitaient notamment ces esclaves bambara, renommés pour  leur caractère passif non moins que pour la force physique et qui faisait d’eux des travailleurs réputés précieux. L’accès de Goundyourou était à la  merci de Demba Séga, tout comme celui de Dyakha-sur-Bafing : c’est pourquoi les pays limitrophes achetaient sa complaisance en lui payant tribut,  tribut qui avait un caractère commercial et non pas politique.  Dyadyé Gansiri (Diadiéya) Lorsque Séga Doua mourut, il eut pour successeur son fils aîné Dyadyé, né de sa femme Gansiri qui était du Fouta Djallon.  Pressé par la nécessité de trouver de meilleurs pâturages, Dyadyé s’avança vers le Nord–Ouest et vint nomadiser dans les parages de  Kanamakhounou, avec résidence en ce lieu. La région prit, à cause de lui, le nom Dyadyéya.  Dyadyé mourut à Kana, près de Soutoukané, des suites d’une expédition contre les Bambara : comme il était très corpulent le pommeau de la selle le  blessa mortellement dans l’ardeur qu’il déploya au cours de la bataille.  Guimba Kinti (Guimbaya = Bafoulabé et Mahina) Le nouveau chef, frère cadet de Dyadyé Gansiri, était fils d’une femme nommée Kinti. A son tour et pour les mêmes raisons que Dyadyé, il se  déplaça et vint s’établir au village de Kolobéla (Dyombokho). Il eut, lui aussi, à lutter contre les Bambara, mais, avec l’aide des armées du Bondou, il  fut vainqueur et contraignit même ses adversaires, dont le chef se nommait Sira Bo, à lui payer tribut.  Demba Séga (Dembaya = Kayes et Médine) Alors s’ouvre la période la plus glorieuse de l’empire khassonké, du moins au dire des informateurs.  Demba Séga, troisième fils de Séga Doua, qui accédait au commandement suprême, avait, jusque-là, occupé son temps à escorter les caravanes qui,  du Bakhounou, se rendaient dans les centres commerciaux du Haut Sénégal et plus particulièrement dans les escales que fréquentaient les  commerçants européens.  A  ce métier, il avait acquis quelque aisance parce qu’il était rémunéré à la fois par les gens qu’il convoyait et par les  traitants auxquels il conduisait des clients. On affirme que, devenu fankamala (fangama) du Khasso, il s’efforça de maintenir la plus grande liberté  commerciale dans toute la région sous son influence, et les traitants lui payaient pour cela une redevance consistant, pour chacun, en une pièce de  Guinée.  Poussé, comme ses prédécesseurs, par la nécessité de trouver des pâturages, il s’avança vers le Nord-Est et conduisit ses troupeaux jusque dans la  Dyafounou. En saison sèche il nomadisait sur les bords d’une mare (Faro) située au Nord de l’emplacement de l’actuelle Kounyakari et, pour cela,  payait un droit de pacage aux chefs locaux. Mais, les troupeaux sont, par les dégâts qu’ils causent, une source de discussions perpétuelles avec les  agriculteurs : il advint ainsi que Demba Séga et le chef de la mare se querellèrent jusqu’à en venir aux mains. Demba Séga fut vainqueur et non  seulement il considéra comme sienne désormais la prairie où vaguaient ses troupeaux et ses gens, mais encore exigea un tribut du vaincu. A proximité  de la région ainsi occupée, il installa son campement, puis un village fixe qui fut dénommé Kounyakari, à cause, dit-on, du bois de kounyé employé  pour la construction des cases. Cet épisode montre, à vrai dire, tout le secret de la diplomatie qui permit aux Dyallo d'étendre leur autorité. Obligés de faire front à tout moment aux  contestations provoquées par les déprédations de leurs troupeaux, il avait organisé une sorte de milice qui imposait par la force aux indigènes des  empiétements qu’il n’aurait autrement jamais admis. Au droit d’usage ainsi conquis, ils s’efforçaient d’ajouter des droits politiques qu’ils étendaient  peu à peu au gré des circonstances.  Voici, par exemple, comment le Tomora devint tributaires du Khasso : un jour, Tonga Séga, fils de Diba Sambala, se présenta, avec un parti de  cavalier, devant un village du Tomora ; à quelque distance du village, cette troupe prit le galop de charge, et, traversant le village, saisit femmes et  enfants, en simulant une razzia. Les gens du lieu prirent la chose au sérieux et, comme Tonga Séga ramenait les personnes qu’il avait enlevées, les  hommes du village entourèrent la petite troupe et l’attaquèrent de toutes part sans vouloir entendre l’explications. Tonga Séga fut tué.  Lorsque le calme fut revenu, les gens du Tomora comprirent toute la gravité de l’affaire. Dans la crainte de représailles que Demba Séga n’eût pas  manquée d’exercer contre tout le canton tenu pour solidaire de la faute de un seul village, ils envoyèrent une députation pour traité à n’importe  quelles conditions. Ils  offrirent à Demba Séga de désigner lui-même celui d’entre eux qu’il jugerait bon d’immoler pour « payer l’âme » du défunt et  Demba Mahdi, oncle de Tonga Séga, penchait pour cette solution conformé à la coutume, mais Demba Séga, en politique avisé, mit comme seule  condition à son pardon, qu’en temps de guerre toutes les ressources du Tomora seraient à sa disposition entière : ce qui fut accepté.  Tirer parti des circonstances, telle fut en substance la ligne de conduite de Demba Séga. En voici une nouvelle preuve. Un almani du Fouta Djallon,  nommée Sori, suivant les uns, Omar, selon d’autres, envoya intimer l’ordre aux Khassonkés de se soumettre à la loi du Prophète, menaçant en cas de  refus d’envahir le pays et de tout saccager. Après réflexion, Demba Séga, qui ne se sentait pas de taille à lutter, fut d’avis à se soumettre ; mais il  rencontra un antagoniste résolu et influent dans un notable nommé Sandyan Babi Séga. C’était un homme riche, possesseur de nombres esclaves et  appuyés par le dévoués partisans, si bien que Demba Séga ne pouvait rien entreprendre de grave sans son assentiment.  Dans le conseil qui fut tenu, Sandyan Babi demanda curieusement : « Mais en quoi consiste la prière ? » Demba Séga exécuta de son mieux la prière  en prenant les attitudes rituelles. « Eh bien, conclut Sandyan Babi, je ne me résoudrai jamais à faire de pareille singerie… » Tout les discours de  Demba Séga laissèrent le notable inébranlable, il fallut recourir aux arguments suprêmes : Demba Séga offrit à Sandyan Babi une de ses filles à  laquelle il constitua une belle dot en bœufs et en bijoux d’or. Sandyan Babi céda  et Demba Séga fit connaître sa soumission à l’almami du Fouta  Djallon qui lui conféra en retour le titre d’almami(1) du Khasso.  Demba Séga prit sa conversation au sérieux, il se fit donner une sorte de conseiller musulman par les Dyakhanké et s’en remit au tribunal musulman  de Goundyourou(2) pour juger les affaires de gravité exceptionnelle. C’est, semble t-il, surtout parce que ses voyages aux escales lui avait démontré  l’intérêt qu’il y avait à ménager le monde des musulmans, voués au commerce non moins qu’à la domination politique, qu’il agissait de la sorte.  (1) L’histoire de l’introduction de l’islamisme dans un canton du Khasso, le Tringa, nous est présentée comme suit par Munga-Park : « Le 5 janvier  1796 arriva à Tisie une ambassade composée de dix personnes. Elles étaient envoyées par Adb-ul-Kader, roi de Fouta-Torra, pays situé à l’occident du  Bondou. Les envoyés ayant engagé Tiggity Séga à convoquer les habitants de la ville, déclarèrent que si le peuple de Kasson (Khasso)  n’embrassait  pas la religion musulmane et ne prouvait pas sa conversation en faisant onze fois chaque jour de prières publiques, le roi du fouta torrra ne pourrait  garder la neutralité dans la guerre qu’on s’apprêtait à faire et qu’il joindrait ses armes à celles du roi de Kajaga. » (Gadiaga)  Ces faits sont t-ils postérieurs ou antérieurs à ceux des récits qui, concernent Demba Séga ? Nous n’avons pu le savoir.  (2) Nous savons encore par l’Histoire des Voyages de l’abbé prévost que Goundyourou était une grande ville enrichie par le commerce des caravanes  et peuplée par 4.000 à 5.000 marabouts. C’était la métropole d’une manière de république formée par un certain nombre de villages mahométans  situés en bordure du Sénégal et parmi lesquels Daramané occupait le premier rang. Il est remarquable qu’au cours des siècles ultérieurs cet état de  choses, probablement déjà fort ancien, se maintint si bien que nous même en avons constaté l’existence.  Goundyourou est situé au S-E. de Kayes à peu près à hauteur de Médine. Et sans doute faut-il rattacher au même sentiment, l’alliance qu’il conclut avec le chef maure(1)  d’Axiri en lui donnant sa fille Khoumba. Suivant les  traditions des Khassonkés, de cette union naquit un fils, Mahmadou, qui eût lui-même deux fils, Bou Seydi, dont les descendants sont les Fal, chef  des Maures du Séro, et Déya, père du fameux agitateur Mahmadou Lamine.  Par sa prudence politique, Demba Séga fut, en réalité, le véritable fondateur de l’empire du Khasso : les informateurs sont unanimes à le proclamer.  Mais c’était là, à tout prendre, un empire chancelant, car il était entouré de voisins turbulents et audacieux, toujours prêts, comme lui-même, à faire  un mauvais coup(2) ; pour les chefs du Khasso, la guerre était une nécessité non seulement pour se défendre, mais surtout pour pouvoir se répandre en  largesses indispensables afin d’entretenir le loyalisme des clients, des familiers, des serviteurs dispendieux et avides.  Quoi qu’il en soit, par tous les moyen mis en œuvre, Demba Séga  amassa une certaine fortune et, notamment, réunit un nombre assez considérable  d’esclaves. A cette époque et jusqu’à ces dernières années, la puissance et la richesse étaient, dans ces régions, en fonction du nombre des esclaves  l’on imposait sa volonté et l’on faisait fructifier les biens de toutes sortes : mais, pour les diriger, les maintenir dans l’obéissance et en tirer le meilleur  parti possible, leur maître devait être sédentaire, d’où l’importance de Kounyakari et l’organisation, au moins sommaire, du pouvoir central.  Ainsi Demba Séga ne fut pas seulement le plus grand roi mais, à vrai dire, le premier roi du Khasso.  (1) Les maures dont il est ici question sont des Oulad el Khouizi, fraction de la tribu arabe des Oulad M.barek lesquels sont des Makil. Nous assistons  ainsi à la fusion avec l’élément indigène d’un rameau de l’invasion arabe du onzième siècle.  Les Oulad el Khouizi ont, par les métissages, tellement perdu l’aspect même de leurs ancêtres arabes qu’ils sont physiquement tout à faits semblables  aux nègres qui les entourent. Un côté intéressant de cette fusion doit être signalée ici : les maures n’ont point de noms de famille pareils à ceux que  certains indigènes, les Mandé (Manding), appellent le dyamou (jamo), or nous constatons que les Khouizi sont, par les indigènes qualifiés Fal qui  devient leur dyamou ; d’un autre côté, par l’union les femmes indigènes, un de ces Fal a donné naissance à des Dramé ; Nous verrons encore qu’une  branche de ces mêmes El Khouizi prit pour chef un certain Amar Diko. Il y a là d’utiles indications pour l’histoires des dyamou.  Il convient en outre de remarquer comment, contrairement aux apparences parfois, les indigènes peuvent réellement prétendre se rattacher à un  ancêtre arabe.  (2) Les Massa-si, sous le commandement de Seba-Mana, auraient attaqué Demba Séga et l’auraient battu à Dialakho, près et au nord-est de  Kounyakari.(Trad.,hist. Et leg. Du Soudan Occidental, Delafosse.)  Diba Sambala La mort de Demba Séga provoqua des désordres extrêmement graves. Au temps de sa jeunesse, Demba Séga avait entretenu des relations avec une  femme du Logo, nommée Diba, de laquelle il eut un fils, Sambala. Devenu roi, Demba Séga fit venir Diba et son fils auprès de lui. D’autre part, il  établit  son frère, Silatigui Yamadou, dans le Séro.  Quand mourut Demba Séga, Silatigui Yamadou était déjà mort laissant pour lui succéder son fils aîné Saféré, qu’il avait eu de Kombossé ; Saféré vint  s’établir à Khridyon (ou Krémis) alors que ses frères demeuraient à Dyinkoulou (Djinguilou), Dyanéga, Mahdia. Saféré n’étant pas le plus âgé des  Dyallo ne pouvait légitimement prétendre succéder à Demba Séga, non plus qu’il n’avait pu hériter des biens de son oncle Dyadyé Gansiri ; aussi,  était-il pauvre et sans espoir de voir sont bien s’augmenter par la disparition naturelle et anticipée de ses parents riches.  A khanamakhounou, Dyadyé Gansiri avait eu pour successeur Kana Séga ; bientôt remplacé par Dyadyé, dont la mère se nommait Ouri, et qui était  contemporain de Saféré et de Sambala.  Ce dernier, fils naturelle de Demba Séga, soutenu par Saféré se présenta pour prendre la succession de son père. Il eut pour compétiteur Mahdi, le fils  légitime que le défunt avait eut d’Awa, veuve de son frère Guimba ; Demba Mahdi était appuyé par ses frères germains Awa Mamoudou et Awa Séga.  Saféré voulut entraîner Dyadyé, mais celui-ci, perçant à jour ses manœuvres hypocrites, lui dit : « Moi, je puis me contenter des biens de mon père ;  quant à toi, je te comprend que tu sois désireux des troubles qui peuvent te permettre d’acquérir quelque chose, mais ne compte pas sur moi pour  t’aider dans ce but. » Saféré ne se tint pas  pour battu, et revint et offrir à Dyadyé la fille de Diba Sambala, appelée Dyati, pourvues d’une jolie dot en  or. Dyadyé accepta. Alors Saféré alla à Guémou circonvenir les Bambara que commandait Monssou-Koura Bo. Les bambara furent vite décidés, trop heureux d’une  occasion de piller.  Les alliés se présentèrent devant Kounyakari un mercredi et ce jour néfaste est demeuré connu sous le nom de Khasso arabo (le mercredi du khasso).  Demba Mahdi(1) et Awa Mamoudou furent tués et leurs partisans dispersés. Les captifs de la couronne devinrent la proie des alliés qui se séparèrent  brouillés par le partage du butin.  Diba Sambala mourut un an après.  (1) Suivant une autre version, Demba mahdi ne fut pas tué et, ne renonçant aucunement à ses prétentions, il s’enfuit, gagna le Tomora , puis le  Bakhounou et mourut dans ce dernier pays à Sékéllo.  Moussa-khoy Awa Demba, fils de Diba Sambala, étais décider à succéder à son père, mais Safaré intervint et lui dit : « oublies-tu que ton oncle est encore vivant ?  Plus âgé que toi, c’est à lui que revient le commandement. Sache-le bien, je n’hésiterai pas à te combattre si tu passes outre à mon conseil ; si tu  laisses les champs libre à Moussa–khoy, je te promets de t’aider à le supprimer et à le remplacer. »  Ainsi, Moussa –khoy, frère de Diba Sambala, devint chef.  Aussitôt les Dyadyéya et Guimbaya commencèrent à intriguer à l’instigation de Saféré. Un jour, les conspirateurs se réunirent derrière Kounyakari  sous prétexte de régler des affaires de famille. Ils firent appeler Moussa-Khoy : il ne vint que sur l’affirmation qu’Awa Demba était présent. Peu  après, quand le palabre  fut engagé, un esclave tue Moussa–khoy d’un coup de fusil : C’est ainsi que les conjurés avaient décidé de se débarrasser de  lui, en promettant la liberté à l’esclave qui le tuerait.  Awa Demba  A peine Awa Demba était-il installé que Saféré alla trouver Ouri Dyadyé pour le décider à l’attaquer. Dyadyé refusa : « Maintenant tout est fini entre  nous, dit-il. Tu es cause de tous les malheurs qui désolent notre pays : autre fois, j’étais riche des biens de mon père et tu me les as fait gaspiller pour  ton seul profit. » Ouri Dyadyé s’allia à Awa Demba. Saféré ne se décourage pas. Dans le Tringa, commandait un autre membre de la famille des Dyallo, nommé Tagati Séga(1), qui jusqu’alors était  demeuré étranger à toutes ces intrigues de familles, Saféré réussit à l’attacher à sa cause et s’assura également le concours des Bambara, commandés  par Bodyan-Moriba. (1) il résidait à Tisie, quand il fut visité par Mungo Park, en 1795.  La bataille eut lieu à Khridion et fut terrible : Tagati Séga fut tué(1) ; Awa Demba vaincu dut abandonner Kounyakari et gagna Fatola. Ouri Dyadié  revint à Kanamakhounou et Saféré demeura à Khridion.  (1)Tagati Séga eut pour successeur son fils Sani Moussa qui, sous la protection des Bambara, alla s’établir à Khamantéré (Khanantaré), à l’Est de  Kanamakhounou,  sur l’emplacement de la forêt de Kousigan.  Saféré revint trouver Ouri Dyadyé  pour obtenir son concours contre Awa Demba. Alors Dyadyé, qui était né le même jour que Saféré et avait de ce  fait le droit de s’exprimer en toute franchise, dit : « Ecoute, finissons-en, Demba et moi sommes tes enfants, nos biens t’appartiennent, commande-  nous, mais laisse-nous vivre en paix. Quand à moi, je ne veux plus, désormais prendre parti dans tes dissentiments avec Demba : je resterai chez moi  et vous défends d’y venir ; Si l’un de vous à l’audace de passer sur le territoire de mon village, je l’en chasserai. »  Saféré fit encore appel aux Bambara. Awa Demba dut céder à la fortune contraire et gagna Koussané, prêt de Médine.  Au retour, Saféré décida  les Bambara à lui faire escorte. Les Gopé-si de Khoulou se joignirent à eux. Arrivés à hauteur de Kanamakhounou, Saféré  entraîna toute la bande au pillage du village. L’opération fut facile, tous les guerriers, y compris le chef, étaient aux champs, les pillards firent sans  coup férir ample butin ; mais Ouri Dyadyé prévenu fit battre le tabala (Tabulo), rassembla son monde et tomba à l’improviste sur Saféré et ses alliés  qu’il tailla en pièces et contraignit d’abandonner toutes les prises qu’ils avaient faites. Les gens d’Awa Demba passèrent ainsi aux mains de Dyadyé.  Le chef des Gopé-si, blessé, fut fait prisonnier par Ouri Dyadyé qui le fit simplement reconduire à Khoulou.  Dès qu’il fut rentré à Khridion, Saféré envoya un émissaire à Dyadyé pour s’excuser d’avoir cédé, disait-il, aux sollicitations menaçantes des  Bambara; il lui faisait dire en outre: Méfie-toi d'Awa Demba, c'est un hypocrite qui va bien sûr te faire demander de lui rendre sa famille et qui n'  attend, cependant, qu'une occasion pour te nuire. Awa Demba vint, en effet, lui-même, chercher les siens que Dyadyé ne fit aucune difficulté pour lui  rendre. Bien plus, les conseils de Demba le décidèrent à quitter Kanamakhounou ; ensemble, ils prirent la route qui mène à Koussané, mais, arrivé au  chemin qui conduit à Makadènyé Dyadyé se sépara de Demba : sa mère était une Nomokho de Makadényé et c'est auprès d'elle qu'il entendait se  retirer. Il vécut sept ans à Makadénye et eu pour successeur  son fils Séga , dont la mère se nommait Dado. Dado Séga avait pour frère Sambala, fils  du nommée Dyogou, de la famille des Batyili de Makhana. Sambala(1)  (1) La guerre éclata dans le Gadyaga entre les deux parties formés: l'un par les Silmana et les Sountoukara avec Samba-koumba-dyaman de Tuabo  pour chef; l'autre ; par les Makhankara commandés  par Samba Yacine, chef de Makhana; Samba-Koumba-dyaman s'assura par des présents, à la fois  la neutralité des Bambara  et le concours du Bondou et du Khasso.  Les chefs du Khasso ayant décidé d'envoyer des renforts à Samba Koumba-Dyaman, Dado Séga chargea Dyogou Sambala de prendre le  commandement  de sont contingent, Dyogou Sambala  refusa de marchait contre Samba Yacine qui était sont oncle : « je n'accepterai dit-il de  commander la colonne que si elle a pour objectif  Tuabo » Dado Séga lui répondit tu oublies que dans notre famille, il est de tradition que le neveu  combatte son oncle , donc je ne change rien  à  ma  décision. C’est à Makhana que tu dois aller.  A la nuit, Dyogou Sambala fit seller son cheval et accompagné de sont seul sofa, Al Hadji, il partit chez Gran, le chef des Massassi. Au point du jour,  lorsqu'il parut aux environs de la capitale, des enfants coururent prévenir qu'un étranger à cheval venait d’arriver et qu'il apparaissait à sa mine que  c’était un homme de bonne condition. Gran envoya aux informations et lorsqu'il fut renseigné, il assigna un logement à Dyogou Sambala qu'il  convoqua en même temps, pour le lendemain. Sambala insistât pour être reçu de suite et obtint satisfaction. Il exposa à Gran les motifs qui l'avaient  obligé à quitter son pays et lui demanda une colonne pour secourir Samba Yacine: " Je suis malheureusement lié par les promesses que j'ai faite, dit  Gran; Samba Yacine: m'a envoyé son fils Suley qui est ici, mais qui a été prévenu par les présent de Samba Koumba-dyaman et, aujourd'hui, pour ne   pas trahir mes engagement je retarde le moment de répondre à Suley. Toutefois, j'éprouve pour toi tant de sympathie que je réunirai demain le conseil  des notables et plaiderai en ta faveur. " Le lendemain, au conseil des notables, Gran exposa les motifs de la visite de son nouvel hôtel et insista tout  particulièrement pour qu'on lui accordât la colonne de secours qu'il était venu demander:" Mais, dirent les notables, nous sommes engagés vis-à-vis  de Samba Koumba-Dyaman et il nous est d'autant plus difficile de changer d'avis que nous avons déjà gaspillé ses présents." Mais Gran demeura  ferme et les notables conclurent: "Aussi  bien tu es maître de faire ce que tu voudrais; Peut-être voudrait-il mieux pour donner satisfaction aux deux  partis envoyer une ambassade à S.K Dyaman pour lui exposer que tu serais   heureux de lui voir abandonner ses projets contre Makhana et que s'il y  persiste, tu  pourrais ne pas garder la neutralité. "Ce moyen terme fut accepté et, sur-le-champ, on préleva sur chacun des quatre "pied'' de l'armée  Bambara un  contingent de 80 hommes et un chef fut placé à la tête de cette petite armée qui fus remise à Dyogou Sambala. Arrivé à hauteur de  Kanamakhounou Dyogou.Sambala envoya des émissaires à ses amis du Khasso pour les inviter à se joindre à lui en passant par le Natyaga, les Gopé-  si furent du nombre. En face de Tuabo, Dyogou Sambala n’eut pas de peine à décider les bambara à l'attaque: "Comment, leur dit-il, vous allez  demander à S.K Dyaman de ne pas attaqué Samba  Yacine simplement pour ne pas déplaire à votre maître! Mais tous les Silmana vont en faire des  gorges chaudes, car ils ne douteront pas que ce ne soit l'indice d'une faiblesse certaine... "Sur ces entrefaites arrivèrent les Khassonké amis de  Dyogou.Sambala et les Bambara se sentant en nombre attaquèrent Tuabo qui fut pris pendant que Dyogou Sambala faisait ainsi des affaires de son  oncle Samba Yacine, à Makhadéyé l'on  se partageait ses biens ou, du moins, l'on désignait à chacun la part qui lui en reviendrait. Sur le chemin du  retour, Dyogou.Sambala , apprenant ce qui s'était passé, alla retrouver Gran et obtint de lui une colonne qui lui permit de reprendre ses biens, après  quoi il vin s'établir à Kanamakhounou.   Ayant pris fais et cause pour son oncle Samba, fils d'une Wolove appelée Yacine, en son absence l'on se partagea ses biens à Makadényé. A son  retour, aidé par les Banbara, il prit tous ses biens et, quittant Makadényé, revient s'établir à Kanamakhounou.  Aprés avoir quitté Dyadyé, Demba rentra à Koussané pour, peu après, gagné Ouaou, où il triompha d'une attaque des Bambara; Mais, trop faible pour  tenir longtemps, il s'enfuit au Sahel d'où il vint à Gouriki et de là, après la mort de l'almanie d'Abd Del Kader en 1807, partit pour le Logo. Il s'installa  à Nyimékou (Djimékon), sur la rive droite du Sénégal, en face de Sabou-siré. Attaqué par les Bambara, il passa sur la rive gauche et demeura à côté   de Sabou-Siré en un lieu qui, depuis, a été appelé Demba Sabou-Siré.Il y fut en butte à toutes sortes de tracasserie et finit par se réfugier dans les  montagnes de Maméri : Les gens du Logo l’y attaquèrent, alors il vint s’établir sur l’emplacement du poste actuel de Médine.  Sa situation était fort précaire, car ses ennemis s’efforçaient de se débarrasser de lui, les Bambara surtout le harcelaient. Sur ces entrefaites arriva  Duranthon  qui, appréciant les difficultés qu’Awa Demba avait à surmonter, comprit qu’il pourrait, moyennant quelque secours, s’en faire un utile  auxiliaire pour l’avenir.  Il lui promit donc de revenir construire un fort qui le mettrait à l’abri des attaques de ses ennemis. Il revint, en effet, avec du  personnel et du matériel et aussi des munitions de guerre et des marchandises ; il épousa Sadyo-ba, fille d’Awa Demba et ce mariage cimenta  définitivement son alliance avec le chef. La présence de Duranthon assura à Awa Demba une situation meilleure ; mais, au retour d’un voyage qu’il  avait fait à Saint-Louis (Sénégal), Duranthon(1) mourut et les embarras augmentèrent.  Makhan Fatou, le chef du Logo, considérant Awa Demba comme un simple réfugiés, le traita, lui et les siens, comme des tributaires. Les choses  s’envenimèrent  au point qu’un conflit armé éclata. Awa Demba vainquit et tua Makhan Fatou , et c’est depuis lors qu’il se considéra comme  indépendant et chef du territoire qu’il occupait. Il mourut peu de temps après ce triomphe. (1) Duranthon, employé du gouvernement à Saint-Louis(Sénégal) fut, vers 1830, envoyé en mission dans le Haut Fleuve. Il visita en détail le Khasso  et acquit des notions assez précises sur les mines d’or du Bambouc. Au moment où il se trouvait dans le Khasso, les Bambara du Kaarta dévastaient le  pays d’Awa Demba et y commettaient des exactions qui exaspéraient ce chef. Pour se concilier sa faveur, Duranthon lui promit en quittant le Khasso  de revenir bientôt avec des valeurs considérables et de construire à Médine un fort qui le mettrait à l’abri des vexations de ses ennemis ; de son côté  Awa Demba s’engagea à lui donner sa fille Sadio-ba.   Duranthon revint en effet avec des munitions de guerres et une grande quantité de marchandises. Il épousa Sadyo-Ba. Il s’occupa de construire le fort  promis. Mais les Bambara  et les Malinké pensant qu’Awa Demba serait à l’abri lorsque que cette construction serait terminée ne cessèrent de le  harceler. Duranthon perdit par ce fait beaucoup de ses marchandises. D’autre part, l’ingénieur qu’il avait amené fut vite fatigué et le quitta. Enfin, des  bruits mis en circulation à Saint-Louis représentèrent Duranthon comme un traître au service de l’Angleterre et faisant tous ses efforts pour diriger le  commerce du Haut Fleuve vers la Gambie; on l’accusait également de nous créer des difficultés avec le Bondou. Toutefois, il se maintenait à Médine,  lorsque sous le poids d’accusations mensongères il fut arrêté en 1837 par ordre du gouvernement du Sénégal et amené à Saint-Louis. Mais il se  justifia et obtint l’autorisation de revenir dans le Khasso. Il mourut à Médine en 1839.  Cet homme intelligent et énergique a sans nul doute été mal apprécié. Ses vues étaient larges, il voulait que les Français prépondérants et fortement  établis dans le Haut Fleuve allassent se placer sur le parcours des caravanes qui traversent le pays de l’Ouest à l’Est ; il voulait nous frayer une route  vers les mines d’or du Bambouc, mais, crime irrémissible à cette époque, il parlait de la liberté commercial : il eut dès alors à lutter contre une société  privilégiée en possession depuis longtemps d’un monopole dont elle ne voulait se dessaisir à aucun prix. Dans cette lutte il succomba, il devait périr,  en effet, car il était venu avant le temps.  J’ai emprunter les éléments de cette esquisse à Raffenel ; l’on trouve bien d’autres détails sur Duranthon, sa femme et leurs enfants, soit encore dans  Raffenel, soit dans Carrère et Holle, Faidherbe et Soleitlet. Rien à Médine ne rappelle le souvenir de ce précurseur dont l’œuvre a indubitablement  préparé les voies de notre établissement dans ce pays. Il y a là pour le moins un oubli à réparer : le nom de Duranthon doit rester attaché à Médine à  l’égal de ceux des héroïques défenseurs de 1857.  Kinti Sambala (1) (1) Kinti Sambala et Dyouka Sambala naquirent le même jour et cette coïncidence faillit être, à la mort de leur père, le prétexte d’une guerre civile.  Voici ce que l’on à ce propos : quand Dyouka, mère de Dyouka Sambala, fut accouchée, un griot fut aussitôt envoyé à Awa Demba pour lui annoncer  cet événement ; mais ce griot arriva au moment où Awa Demba prenait son repas, il ne voulut pas le déranger et alla lui-même se restaurer. Sur ces  entrefaites, Kinti accoucha de Kinti Sambala : le forgeron  chargé d’en informer Awa Demba ne se laissa pas arrêter par le même scrupule que le griot  fit incontinent sa commission. A peine terminait-il que le griot, qui revenait, dit au roi : « J’ai un événement semblable à t’annoncer, Dyouka est  accouchée d’un fils, un peu avant Kinti, mais comme tu prenais ton repas, je n’ai pas voulu te déranger. » « Tant pis, dit Awa Demba, c’est la  naissance du fils de Kinti qui m’a été annoncée en premier lieu, c’est ce fils qui est l’aîné et qui devra me succéder. »  Son fils aîné lui succéda et eut à faire face aux attaques du fils et successeur de Makhan Fatou, Nya Modi ; assailli, d’autre part, par Dyogou Sambala,  il dut céder à la fortune contraire, et s’enfuit dans le Boudou (Bondou), où il s’établit à Kidira. Les émigrés ne revinrent peu à peu à Médine tandis  que leur chef restait au Boudou où il mourut(1).  (1) En 1846, lorsque Raffenel traversa le Khasso, la partie de cet empire située sur la rive droite, allait de Dyakhalel compris à Ségala exclut, elle était  sous l’autorité des Bambara qui occupaient effectivement Kounyakari. Le khasso de la rive gauche avait Médine pour capitale.  Dyouka Sambala. Succède à son frère. Il s’établit à Médine et, de là, avec l’appui des Silatiguiya marche sur Makadényé et tue Dado Séga. Puis il se retourne contre  Dyogou Sambala et neuf mois durant assiège Kanamakhounou, mais une sortie heureuse des assiégés l’oblige à se retirer.  L’arrivée d’El Hadj Omar à Farabana détermina une nouvelle orientation dans ces guerres intestines. Dyouka Sambala fit cause commune avec d’El  Hadj Omar, tandis que les autres familles du Khasso s’unirent aux Bambara pour repousser l’envahisseur. Mais à peine Omar eut-il battu les Bambara  que l’inverse se produisit : Dyouka Sambala n’ayant pu obtenir satisfaction en faveur des traitants pillés par les troupes des Toucouleurs, céda aux  suggestions de ces traitants qui l’engageaient à faire appel aux Français ; les Silatiguiya, au contraire, faisaient leur soumission à Omar et leur chef,  Mori-ba, fils et successeur de Saféré convertissait à l’islamisme.  Les troubles déterminés par les agissements d’El Hadj Omar, amenaient, à cette époque, le gouverneur Faidherbe à « créer un nouveau fort plus  avancé que les autres à Médine, pour éloigner notre frontière de Bakel et sauver, si c’était possible, l’important commerce de ce comptoir ». Dans ce  but, le gouverneur se transporta à Médine en septembre 1855; le détachement qu’y avait laissé Omar quitta les lieux tandis que Dyouka Sambala  venais à nous.  Moyennant 5.000 francs une fois payée et 1.200 francs de cadeaux par an, Faidherbe obtint «  non seulement un vaste emplacement de quatre hectares  pour le fort, dans la situation la plus favorable, mais encore toute la rive gauche du fleuve, depuis Médine jusqu’au cataractes du Félou, c’est-à- dire   sur 3 kilomètres de longueur ».  Commencé le 15 septembre, la construction du fort était terminée le 5 octobre 1855 et la colonne reprit le chemin du Sénégal. Au préalable, le  gouverneur avait su influer sur les chefs du voisinage pour leur faire comprendre combien leurs querelles continuelles les mettaient à la merci du  conquérant foutanké. Par d’habiles manœuvres, il les amena à se réconcilier et à former une sorte de confédération alliée de la France, ayant pour  représentant vis-à-vis de nous Dyouka Sambala et pour centre de résistance Médine : cette entente fit l’objet du traité du 30 septembre 1855, qui  portent les noms de Dyogou Sambala, chef de Khanamoukhounou, Dalla Demba, chef  de Dinguiray, Mali Mahmodou, chef de Khoulou, Nya Modi,  chef du Logo, Dyouka Sambala, chef de Médine, Kani Birama, Sambounou, chef du Natyaga…  Pendant ce temps, El Hadj Omar s’installait à Nioro et en faisait son centre d’approvisionnement. Mais la construction du fort de Médine lui fit  craindre d’être coupé du Fouta sénégalais ; alors, il lui envoya une armée dans le Dyombokho pour mettre les Guimbaya à la raison ; lui-même se  dirigea sur le Logo. Les Guimbaya battus vinrent chercher un refuge à Sabou-siré (Logo). Les gens du Tomora, du Natyaga et même du Logo  s’enfuirent dans le Bambouc. Quant à Mori-ba, fils de Saféré, il demeura dans le Dyombokho et, d’autre part, Dalla Demba prit le parti d’El Hadj  Omar. En mars 1857, Katma sambala(1), frère de Dyouka Sambala, embrassa également la cause d’Omar, entraînant avec lui Dyodyo Séga, fils de Kinti  Sambala. En août, le chef de Khoulou vit son village pillé et détruit ; lui-même, qui était demeuré fidèle aux Français, fut mis à mort. Quelques jours  après, le 14 avril, Nya Modi, chef du Logo, fut trahi par ses gens. d’El Hadj Omar s’empara du pays et notamment de Sabou-siré. Nya Modi se  réfugia alors à Médine. Ce point devint ainsi le refuge de tous les adversaires d’El Hadj Omar qui se décida dès lors à s’en emparer.  Le 14 avril 1857, Sabou-siré fut pris et les habitants qui ne périrent pas furent dispersés. El Hadj Omar sachant qu’en cette saison il était impossible  aux Français de venir jusqu’à Médine résolut de s’emparer du fort. Ce fort, construit sur les ruines de celui de Duranthon, était défendu par quelques  soldats blancs et indigènes, commandés par le sergent Desplats. Paul Holle, qui représentait le gouvernement français dans le Khasso, habitait  également le fort.  (1) Kourtoum (ou Katma) Sambala était le père de Dia-ba, femme du traitant Moumar Diak dont parle le Soleillet; son ambition était de revenir à  Médine, après le triomphe d’El Hadj Omar, pour prendre le commandement aux lieu et place de son frère. Les événements n’ayant pas permis la  réalisation de ses desseins, il fonda un village auquel il donna par allusion à son espoir déçu, le nom de Medina-kouta, c’est-à-dire la nouvelle  Médine. Dyouka Sambala occupait non loin de là un Tata uni au fort par un chemin couvert.  La population totale de la ville, y compris les nombreux fuyards des environs, s’élevait à 5.000 ou 6.000 individus.  Le 20 avril 1857, l’armée d’El Hadj Omar se présenta sur trois colonnes ayant pour but respectif : l’une le fort, l’autre le chemin couvert, l’autre le  tata. L’attaque se concentra sur le fort que les assaillants firent tous leurs offerts pour emporter. Repoussés-ils durent, rétrograder jusqu’au Félou et ce  fut pendant quelques jours une guerre d’escarmouches.  Le 11 mai 1857, les Toucouleurs s’installèrent dans l’îlot en face du poste ; un canot monté par le sergent Desplats les en délogea. Ces divers échecs,  qui avaient causé de grandes pertes aux Toucouleurs, les amenèrent à encercler la ville à distance pour la prendre par la famine.  Connaissant la situation critique de la ville, Girardot, qui commandait à Sénoudébou (Falémé), réunit des volontaires pour venir la secourir :  abandonné par eux à hauteur de Dyakan-dapé, il ne put que faire parvenir quelques cartouches aux gens du fort.  Du 11 mai au 4 juin 1857, les Toucouleurs, poussant des embuscades tout près de la ville, empêchèrent les habitants de sortir et les munitions  devenues rares ne permettaient plus de les repousser. Le  7 juin 1857, ayant reçu des renforts de Nioro, El Hadj tenta, pendant la nuit, un nouvel assaut contre le tata, il fut repoussé.  La situation était à peu près désespérée et Paul Holle, d’accord avec Desplats, avait mis de côté la poudre nécessaire pour, au dernier moment, faire  sauter le fort. Vers le 15 juillet les assiégeants, rétrécissant le cercle, se trouvaient à peine à cent mètres du fort et à vingt-cinq mètres du tata. Sans  cesse El Hadj Omar recevait des contingents venus surtout du Bondou.  Heureusement l’eau commençait à monter dans le fleuve et les secours tant attendus arrivèrent. Le 17 juillet 1857, le gouverneur Faidherbe était avec  500 hommes à Soutoukoullé qu’il incendia pour annoncer son approche aux défenseurs. Il débarqua son monde sur la rive droite pour alléger les  avisos afin de franchir les seuils et vint mouiller à Kényou, d’où il délogea l’ennemi avec des obus.  Pour franchir le difficile passage des Kippes, Faidherbe débarqua une partie de son monde sur la rive droite d’où l’ennemi fut délogé, ce qui permit à  nos soldats, qui le remplacèrent, de chasser les Toucouleurs de la rive gauche en les attaquant par un tir plongeant très meurtrier. L’Aviso le Bassilic  ayant réussi à franchir les Kippes, tint les Toucouleurs à distance, avec le tir à mitraille de ses canons, tandis que les troupes se rembarquaient pour  traverser le fleuve. Formée sur la rive gauche, la colonne française chassa devant elle les Toucouleurs ; les défenseurs de la place usant leurs dernières  munitions, l’ennemi pris entre deux feux s’enfuit en faisant de grandes pertes. Médine était sauvée.  Le Lendemain, Faidherbe se portait en amont de Médine pour débarrasser les environs immédiats de la ville des ennemis qui pouvaient s’y trouver ; il  brûla, à titre d’exemple, le village de Kounda.  Quelque jours après, le 23 juillet 1857, El Hadj Omar, qui venait de recevoir de nouveaux renfort essaya une nouvelle attaque de la ville. Une  rencontre eut lieu sur la route de Goundyourou à Sabou-siré : les Toucouleurs furent complètement défaits.  El Hadj Omar abandonna alors le Khasso. Rentré à Nioro, il réorganisa son armée pour marcher à la conquête des pays riverains du Niger. Nya Modi  revint à Sabou-siré et en releva les murs.  A la suite de la prise de Guémou en 1859, El Hadj Omar nous fit offrir de traiter. Nous acceptâmes et, par l’acte du mois d’août 1860, la frontière  entre nos Etats et les siens devint, pour la région qui nous occupe ici, le Sénégal depuis Bafoulabé : le Khasso de la rive droite demeurait ainsi sous la  domination des Toucouleurs. Dès lors, Dyouka Sambala eut une situation facile, grâce à l’appui du Gouvernement français, qui voyait toujours en lui chef de la confédération  instituée par le pacte du 30 septembre 1855. D’autre part, allié au chef du Bondou, Boubakar Saada, auquel il avait donné sa fille Lalia, il prit part à  plupart des expéditions que celui-ci dirigea plus particulièrement vers les pays de la Gambie : citons celles de 1863 et 1865 contre le Tenda et le Ouli,  celles de 1868 contre Nguiguilone (Fouta) et le Ghabou. Cette alliance ce maintint longtemps encore, puisque c’est d’un commun accord que firent  exécutées des razzias dans le Nyani (1872) et sur la Gambie, à Marougou Koto (1875).  Entre temps, El Hadj Omar mourait, en 1864, et son fils Ahmadou lui succédait avec résidence à Ségou. Le pays de la rive droite du Sénégal en  particulier le Khasso furent, sous la domination toucouleure, administrés d’abord par les fidèles esclaves qu’El Hadj Omar avait proposés à cet office  ; puis, des fils qu’El Hadj Omar tentèrent de s’y rendre indépendants et Ahmadou, venu à Nioro pour régler cette affaire, en repartit, vers 1874, en  laissant des commandements à ses frères : Mountaga à Nioro, Nourou dans le Dyafounou, Bassirou dans le Dyombokho. Mori-ba, non moins  intrigant que son père Saféré, fit tout ce qu’il put pour susciter des incidents à la faveur desquels il espérait soit se libérer du joub toucouleur, soit tout  au moins être reconnu chef du Dyombokho. C’est à peu près ce dernier rôle qu’il joua jusqu’à la fin de sa vie avec des alternatives diverses.  Quant à nous, Français, lorsque Faidherbe dut quitter le Sénégal, nos vues se portèrent vers les Rivières du Sud, si bien que,  jusqu’en 1877 environ,  nous nous désintéressâmes du Haut Fleuve, de sorte qu’en 1878 seule Médine nous demeurait fidèle(1).  (1) « Actuellement (juin 1878), les armées de Logo et du Khasso escarmouchent aux portes mêmes de Médine. L’avantage est généralement du côté  de Nya Modi. Le gouverneur du Sénégal a décidé que nous observerions la plus stricte neutralité ; M.Wirth, lieutenant de marine, commandant de  Médine, a été relevé de ses fonctions et envoyé à Bakel avec un mois d’arrêts de rigueur pour n’avoir pas observé complètement cette neutralité. Les  événements lui ont cependant donné raison, car plus tard nous sommes intervenus, nous avons détruit Sabou-siré, pris Nya Modi et nous avons laissé  Sambala réduire en captivité tous les habitants du Logo qui n’ont pu prendre la fuite. » (Soleillet.)  A cette époque, l’on crut devoir reprendre le plan d’expansion préconisé par Faidherbe et l’autorité administrative reçut l’ordre de rappeler aux chefs  les engagements qu’ils avaient pris le 30 septembre 1855. Les chefs Malinké déclarèrent ne relever que d’Ahmadou, chef de Ségou. Nya Modi, qui  s’était fortifié à Sabou-siré, était en guerre ouverte avec Sambala de Médine. Il fallut intervenir par la force pour rétablir notre crédit. Ce fut le but de  la colonne Raibaud qui prit comme objectif Sabou-siré. Cette place fut enlevée et rasée le 22 septembre 1878, malgré les secours envoyés de Nioro et  de Kounyakari pour aider à sa défense(1).  Dyouka Sambala mourut en 1880. (1) Les Khassonké qui s’étaient emparé des biens des gens du Logo négligèrent complètement les champs qui produisaient l’arachide dont les  Logonke tiraient leur aisance. En 1880, toute trace de culture avait disparu, aussi le gouverneur sollicité par Badou, fils de Nya Modi, autorisa les  Malinké à revenir dans leur pays : leur premier soin fut de relever les fortifications de Sabou-siré.  Makhassé Sambala. Frère de Dyouka Sambala, lui succéda à Médine, mais son rôle y fut des plus effacés, car c’était un incapable; aussi les gouverneurs du Sénégal, ne  lui reconnaissant pas d’aptitude pour le haut commandement, préférèrent laisser aux divers cantons leur indépendance en les assujettissant seulement  à obéir aux instructions du commandant supérieur résidant à Kayes.  En 1882, à la suite de dissension survenues entre le chef de Médine et les Guimbaya, ceux-ci qui, depuis 1877, habitaient le territoire de Médine  (villages de Bougourou, Dyatakolé, Kolodina, Kayes, Allahina et Kersignané) furent autorisés à venir s’établir dans les environs du poste de  Bafoulabé, où ils ne relevèrent que le commandant du cercle de Bafoulabé, à qui ils payèrent l’impôt ; toutefois, leurs chefs conservèrent les droits  que conféraient les coutumes.  En 1876, un marabout de Médine, Ahmadou Fal, obtint de Dyouka Sambala une concession à Samé et y fonda un village de Wolofs, payant l’impôt  au commandant de Médine. Sur ce même territoire Dyouka sambala avait également autorisé l'établissement de trois villages maures commandés par  Ahmet Fal. La discorde s'étant mise parmi les Maures, un grand nombre d'entre eux demandèrent à être placés sous les ordres d'Amar Diko.  En 1888, pour faciliter les travaux de Kayes le colonel Borgnis-Desbordes réunit les quatre villages, maures et wolof, en  une seul agglomération sous  le commandement du traitant Ousman Fal. Ahmed Fal quitta alors ce territoire et obtint de remplacer les Guimbaya sur celui qu'ils abandonnaient.  Makhassé Sambala mourrut vers 1890. Demba yamadou.  Frère du précédent, fut nommé chef. Par suite du rôle actif qu'il joua dans la guerre que nous fîmes pour nous débarrasser d'Ahmadou, fils d'EI Hadj  Omar, il fut,  après la prise de Nioro, installé à Kounyakari et l'autorité supérieure sur les anciens cantons du Khasso fut établie à son profit.  Guissé sidi. fils de Djouka Sambala et longtemps chef de la ville de Kayes, fut, à la mort de Demba Yamadou, en 1902, appelé au commandement.  Sadyo Sambala. A la mort de Guissé Sidi en 1905, le Khasso fut divisé en deux provinces : celle de Kounyakari avec pour chef Sadyo Sambala, ancien chef de  Médine , et celle du Khasso propre (c'est -a- dire Médine et Kayes), le Logo, le niatiga, placée sous le commandement de Kita Demba, frère de Sadyo  Sambala.  NOTA Nous avons fixé les dates du tableau généalogique en tenant compte des indications qui suivent. L’abat cite Séga Doua assurément d’après les  renseignements rapportés par les commis envoyés par Chambonneau au Félou en 1687. En donnant aux personnages indiqués comme ayant  commandé avant Séga Doua une moyenne de dix à quinze ans de commandement, nous aboutissons à l’an 1600, environ, comme date   probable de  l’arrivée de Dyadyé dans le Tomora : Soit-exactement l’époque (1600), fixée par Rémy et quatre ou cinq siècles avant celle (XI e ou XIIe siècle)  choisie par Delafosse.  Quant à Demba Séga, nous savons pertinemment qu’il vivait en 1796, puisqu’alors il fut visité par Mungo-Park. L’année de sa mort est incertaine,  nous l’avons fixée à 1803, eu égard aux considérations dont suit l’exposé. D’après les Chroniques du Fouta(1) (p.55 et suiv.) Awa Demba, chef du  Khasso fils du successeur de Demba Séga était auprès de l’imam Abdoul-Kader  lorsque celui-ci fut sur le point d’être mis à mort ; or, d’après le  tableau chronologique dressé par Delafosse, à la page 172 du même ouvrage, l’imam Abdoul-Kader a dû mourir en 1805 nous avons adoptés pour  point de départ du règne d’Awa Demba et, en tenant compte des durées données par les traditions, aux règnes de Moussa khoy ( quelques mois) et de  Diba Sambala (un an), nous aboutissons à 1803, pour la fin du règne de Demba Séga, au lieu de 1825, date choisie par Delafosse (t.II , p. 363). Par  contre l’année 1840, adoptée par Delafosse comme date de la mort d’Awa Demba , nous a paru acceptable , Raffenel ayant visité son fils et  successeur fugitif, à Kidira-Tata (Bondu), le 17 septembre 1843.  En ce qui concerne Kinti Sambala, Rémy indique que sa mort survint avant la construction du fort de Médine (1855) ; d’après Delafosse, ce chef  aurait pris part au siège de la dite ville en 1857. Cette dernière opinion ne nous paraît pas admissible, parce que, d’après Sadyo Sambala, fils de  Dyouka Sambala, ce dernier était précisément au nombre des défenseurs de Médine comme chef de la ville, son frère ainé Kinti Sambala étant mort  au Bondou avant la construction du fort ; d’où la date de 1854 que nous avons adoptée. Les autres dates ne sont pas douteuses.  (1)Chroniques du Fouta traduites de deux manuscrits arabes inédits M.Delafosse, Leroux, Paris, 1913.              Les Khassonkés, monographie d'une peuplade du Soudan français, par Charles Monteil